À (re)voir: Emmanuelle, une onde de choc mondiale à faire pâlir 50 Nuances de Grey !

Plaisirs magazine

Le roman Emmanuelle paraît pour la première fois en France en 1965, sans mention d’éditeur, dans l’illégalité. Le 11 janvier 1968 un arrêté du ministère de l’intérieur interdit toute exposition et publicité de ce roman et en interdit la vente aux mineurs.

En quelques mois, le roman Emmanuelle, tiré à 100 000 exemplaires se place en 13ème position parmi les livres au plus grand tirage.

Quand au film, paru en 1974, le diffuseur attendait 500.000 entrées. Le film devient le carton de l’été 1974, avec des files d’attente devant les cinémas, malgré des critiques désastreuses. L’onde de choc est mondiale : 50 millions d’entrées sur la planète, des Champs-Elysées où le film reste à l’affiche pendant 12 ans, jusqu’au Japon en passant par le Brésil ou la Suède.

Comment expliquer ce succès ? Est-il dû seulement à son caractère érotique ? Si oui, pourquoi les français, puis le reste du monde se jettent-t-ils ainsi en si grand nombre sur l’érotisme ?

On s’interroge à l’époque sur cet engouement pour l’érotisme. Est- ce une valeur positive ou une contre-valeur perverse ?

Pour regarder gratuitement le film Emmanuelle, cliquez sur l’image ci-dessous

Emmanuelle film

Pour regarder gratuitement le film Emmanuelle, cliquez sur l’image

L’histoire d’Emmanuelle et les 3 grands « principes » de l’Érotisme

L‘héroïne du roman, Emmanuelle, a dix neuf ans, mariée depuis un an à Jean, un ingénieur qui a dû la laisser à Paris au bout de six mois pour aller travailler à Bangkok.

Après six mois de séparation, Emmanuelle part retrouver son mari. Ils s’aiment et s’admirent mutuellement. Au début du livre, l’action se passe dans l’avion qui va conduire la jeune femme en Thaïlande. Elle y connaît ses premières expériences sexuelles avec deux hommes autres que son mari. Elle ne les désirait pas vraiment, mais son avidité et sa capacité de jouissance peu communes dues en partie à une longue pratique de la masturbation, ont tôt fait d’écarter les hésitations. De plus elle est belle, et le sait. « Elle ne trouva d’autres distractions que de recommencer à se réjouir d’être belle : sa propre image tournait dans sa tête comme un refrain favori »

Plus tard, faire partager ses charmes à d’autres qu’à son mari ne sera pas non plus son premier désir, mais elle y inclinera peu à peu à la suite des leçons répétées qu’elle recevra de son propre mari puis d’amies rencontrées à Bangkok, enfin de l’inquiétant et fascinant Mario.

Emmanuelle avionDans ce même avion, Emmanuelle est possédée par un homme en présence de deux jeunes enfants. Elle y trouve finalement un excitant supplémentaire. « A la pensée d’être possédée sous leurs yeux, de se livrer, elle, Emmanuelle, à cet excès de débauche, elle éprouvera une sorte de vertige. Mais en même temps, elle avait hâte que cela se fît et qu’ils pussent tout voir ». C’est là la mise en pratique anticipée d’un principe qu’énoncera Mario : la présence d’un tiers. « Et – ajoute l’auteur – elle était bien trop heureuse pour se soucier vraiment d’autrui » : un autrui présent et pourtant lointain, car c’est soi-même qui semble bien l’intéresser d’abord.

A Bangkok ses nouvelles amies, oisives, n’ont à penser qu’à elles et à leur propre plaisir, solitaire, entre femmes, entre femmes et hommes. Tout plaisir est bon à prendre, quelle qu’en soit l’origine, ou l’instrument. Devant les avances de la jeune Marie-Anne qui va la subjuguer, d’Ariane qui la possédera, Emmanuelle est d’abord troublée et mal à l’aise. Car elle garde un idéal amoureux, elle aime son mari et voudrait l’aimer mieux, en particulier en perfectionnant sa technique amoureuse. « Il y a certainement un progrès que je dois faire, quelque chose à trouver, qui me manque encore pour être une vraie femme, vraiment ta femme. Mais je ne sais pas quoi ». Cette confidence à son mari atteste la conception de l’être humain que l’on trouve dans le livre : inachevé, en progrès, en croissance vers une plus grande perfection, même si celle-ci se fixe sur l’érotisme. Mais Emmanuelle est « aussi incapable de simuler que d’attendre ». Ses désirs de jouir sont immédiatement interprétés par ses partenaires, femmes ou hommes, si bien qu’elle est entraînée sans qu’elle l’ait toujours prémédité, à accumuler les expériences sexuelles et érotiques nouvelles.

Emmanuelle-fauteuil-1.png

Le livre compte 231 pages. De la page 135 à la fin, le roman est dominé par le personnage de Mario. Celui-ci va, au cours de ses longues tirades, énoncer sous forme de thèses la théorie de la pratique présentée dans la première partie et poursuivie parallèlement dans la dernière. Les pages 145 à 196 sont ainsi en quelque sorte le sommet du livre, et sans doute les plus étonnantes et les plus intéressantes. Nous allons présenter les thèses essentielles qui composent cet art de vivre et cette philosophie de la vie.

L‘italien Mario se propose d’initier Emmanuelle à sa science de la vie. La scène se passe chez lui, le soir, en présence d’un tiers, un certain Quentin.

Sylvia Kristel Emmanuelle

Premier principe : l’insolite

« Un plaisir cesse d’avoir qualité artistique si c’est un plaisir usuel. Seul a de prix le non-banal, l’exceptionnel, l’inusité […]

 Second principe : l’asymétrie

« Il n’y a pas d’art heureux là où manque le spectateur ». « Vous craignez que l’accoutumance n’émousse le plaisir, dit Mario à Emmanuelle. Vous avez raison. Mais le regard d’autrui n’est-il pas là pour découvrir des horizons nouveaux ? ». C’est pourquoi l’amour doit être accompli en présence d’un tiers.

« Érotique, encore, l’adultère. Le triangle, rachetant la banalité de la paire. Il n’y a pas d’érotisme possible pour le couple, en dehors de l’addition d’un tiers ». Et Emmanuelle reconnaît en elle-même qu’elle a éprouvé souvent le plus vif des plaisirs en étreignant par la pensée d’autres hommes qu’elle désirait, tout en étant dans les bras de son mari.

 Troisième principe : le nombre

« La multiplicité est à elle seule un élément d’érotisme. Et inversement, il n’y a pas d’érotisme là où il y a limitation. Par exemple, limitation à deux ».

 

Plaisirs magazine

Laisser un commentaire